|
|
|
Texte
de M. Yvan
Giguère, fondateur de
La Journée de l'Hymne au printemps
et du Concours national de
paroliers
Chanson pour tes yeux
|
« Je m'intéresse depuis
plusieurs années à la chanson québécoise. J'ai mis sur
pied en 1998 un événement culturel qui a pour nom : la Journée
de l'Hymne au printemps qui a pour objet de promouvoir et de mettre en valeur la
chanson d'expression française au Québec à l'occasion de la
Francofête. Dans le cadre de cet événement, j'ai créé
en 1999 le Concours national de paroliers Chanson pour tes yeux. Depuis sa création,
près de 10,000 textes de chansons de langue française ont été
soumis à ce concours. Cela démontre un intérêt certain
pour l'écriture de chansons en français. Mais force est de constater
qu'il y a tellement d'efforts qui doivent être faits pour donner à la
chanson d'expression française toute la place qui lui revient dans le Québec
d'aujourd'hui face, entre autres, au phénomène de la mondialisation.
En tant que professeur à temps partiel rattaché au Centre linguistique
du Cégep de Jonquière et de l'École de langue française
et de culture québécoise de l'Université du Québec à
Chicoutimi, j'ai pu constater également qu'à un autre registre la langue
française suscite un intérêt marqué auprès d'une
clientèle étudiante constituée non seulement d'anglophone canadiens
et américains mais également d'immigrants russes, polonais, chinois
etc. Un intérêt qui va au-delà de la simple volonté d'apprentissage
du français mais qui cherche à mieux saisir la culture qui la constitue.
Devrait-on y voir un signe encourageant pour l'avenir du français au Québec,
tout appelé qu'il sera à cohabiter avec la langue d'origine des nouveaux
arrivants?
L'école de langue française et de culture québécoise
de l'UQAC et le Centre linguistique du CÉGEP de Jonquière ont une excellente
réputation à la grandeur du Canada et même de l'Amérique
du Nord. Ces deux écoles d'immersion en langue française accueille
un nombre considérable d'étudiants dans ce bastion francophone que
constitue le Saguenay. J'ai eu le privilège d'enseigner à l'une et
l'autre de ces deux écoles. Cela était stimulant de voir à quel
point ces anglophones et immigrants en provenance d'un peu partout au Canada, des
Etats-Unis et d'ailleurs dans le monde, veulent comprendre et saisir la richesse
et les nuances de notre langue, des étudiants curieux aussi de connaître
notre culture. Bien sûr que dans un tel contexte, il arrive parfois des choses
presque inusitées comme par exemple, entendre une étudiante anglophone
de Vancouver chanter par coeur ¨Les gens de mon pays¨ de Vigneault dans le
cadre d'un atelier de chanson québécoise. On croirait rêver tant
cela semble irréel. Mais bien entendu, la langue française ne doit
pas demeurer qu'une simple curiosité aux yeux de ces étudiants.
Le texte avant toute chose ?
La chanson n'est pas que parole; elle est musique. Mais le texte est au service de
la musique plus que le contraire dans le rock québécois en particulier.
Dans cette perspective la langue française dans la chanson québécoise
se trouve-t-elle menacée? Je dirais que non, puisque notre chanson semble
toujours retombée sur ses pieds au moindre signe inquiétant. C'est
pour cela, entre autres, que Félix Leclerc, est arrivé dans les années
50 ; Gilles Vigneault, Raymond Lévesque, et Jean-Pierre Ferland dans les années
60 ; Harmonium, Beau-Dommages, Paul Piché, Sylvain Lelièvre et Luc
Plamondon dans les années 70 ; Michel Rivard, Richard Séguin, Francine
Raymond, Luc De Larochellière, dans les années 80 ; Richard Desjardins,
Jean Leloup, Daniel Bélanger et Laurence Jalbert dans les années 90.
Voici que les années 2000 sont imprégnées par les Mara Tremblay,
Marc Déry, Fred Fortin, Nicolas Ciccone, Daniel Boucher, Yann Perreau, Linda
Lemay, Pierre Lapointe, pour ne nommer que ceux-là. Mais la relève
de nos auteurs-compositeurs de langue française est-elle assurée? La
chanson à texte au Québec va-t-elle survivre dans la tendance hégémonique
mondiale de la chanson anglophone si présente entre autre sur les ondes de
nos radios ?
Dans ce contexte, la chanson d'expression française doit préserver
sa place dans le paysage inquiétant de la mondialisation et nous nous devons
de la protéger au Québec en préservant nos acquis tel que les
quotas de diffusion de la chanson francophone sur les ondes de nos stations de radio.
La chanson québécoise a joué un rôle déterminant
dans l'affirmation de ce que nous sommes et continuera de le faire tant et aussi
longtemps que nous ne baisserons pas les bras et que nous imposerons le respect qui
lui revient. » |