Rober
Racine est de cette race de voyageurs dont les dérives migratoires transcendent
les limites géographiques. Transgressant les frontières des disciplines,
son art va de la musique à la littérature, des arts visuels à
la radio, mais toujours utilisant l'écriture et les mots comme matière.
Tel un moine copiste, Racine procède par retranscription manuscrite, pour
ensuite transposer les graphies vers d'autres espaces que ceux définis par
la page de papier.
C'est
dans la nuit, lorsque la ville s'endort enfin que l'artiste se laisse emporter par
la dérive des mots, des notes et qu'il peut alors se consacrer à ses
partitions étranges et poétiques.
Ainsi,
le silence et le temps sont des personnages qui habitent l'espace mental de Racine,
devenant des éléments intrinsèques à son travail. En
1980, il commence à dépouiller le Petit Robert, édition de 1979,
de ses 55,000 mots pour créer Le Terrain du Dictionnaire A/Z, Le Parc de la
langue française et Les Pages-miroirs, triptyque monumental à lequel
il consacra quinze ans de sa vie. Travail marqué par la transcription, la
musique, la découpe, le collage, la dorure, de petits bouts de mots, de dentelles
fragiles. Dans ces gestes répétés, le sens de l'acte semble
fuir parfois et pourtant, le corps se souvient de chaque chorégraphie des
mouvements. Ainsi, la finalité de l'|uvre n'est qu'utopie puisque les projets
de Racine sont marqués par toutes ces nuits de veille, par une double réflexion
(reflet-intellect), la répétition et c'est dans cet amalgame de petits
gestes que se mesurent l'ampleur et la démesure de son travail et qu'elle
prend sens.
Une
grande partie de l'œuvre de Rober Racine peut être qualifiée d'architecturale.
Architecture du temps, lorsque l'artiste crée son propre système de
mesure pour les Vexations. Architecture ascensionnelle telle une cathédrale
avec L'Escalier Salammbô ou encore, architecture zen avec ce grand jardin de
mots que serait le Parc de la langue française. Racine est un architecte du
plein et du vide, sortant les mots du plan couché pour les inscrire dans l'espace
et que les pages du Petit Robert, tels des retables fragiles se dorent et s'enluminent
sous ses doigts. Cette architecture d'un dépouillement minimaliste composée
de silence devient dans une retranscription monotone, d'une harmonie pourtant envoûtante.
Cette architecture qui part d'une pierre posée, écrite de la main de
l'homme, s'amplifie pour devenir monument.
Le
langage des mots tel que mis en forme par Racine offre au spectateur/lecteur, autant
d'images, autant d'icônes, autant de sons, de sens et de signes à voir,
entrevoir et entendre, créant d'incessants va-et-vient entre l'oral -mot et
son- et le scriptural, nous portant à travers l'univers de la langue et bien
au-delà.
Rober
Racine vit et travaille à Montréal. Compositeur et musicien, il a conçu
plusieurs pièces pour piano et collabore régulièrement avec
la danseuse et chorégraphe Marie Chouinard. Auteur, il a publié le
DICTIONNAIRE accompagné du disque de la musique des mots; LE MAL DE VIENNE;
LÀ-BAS TOUT PRÈS et LE C‘UR DE MATTINGLY. Artiste reconnu internationalement,
ses oeuvres ont fait l'objet de nombreuses expositions. Une rétrospective
de son travail est prévue pour l'été 2001 au Musée des
Beaux Arts du Canada. Des insectes aux étoiles présente les prémices
d'une œuvre sur cédérom commandée à l'artiste par Séquence,
projet appuyé par la Fondation Daniel Langlois et le Conseil des Arts du Canada.
L'artiste est représenté par la Galerie René Blouin.
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Membre du regroupement des
centres d'artistes autogérés du Québec (RCAAQ), SÉQUENCE
bénéficie du soutien financier du Conseil des arts et des lettres du
Québec, du Conseil des Arts du Canada, de ses commanditaires et de ses donateurs.
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