L'exposition
AUTREMENT, l'imprimé numérique au centre SAGAMIE présente
le travail de 10 artistes ayant réalisé une résidence de production
au Centre national de recherche et diffusion en arts contemporains numériques,
SAGAMIE. Le centre SAGAMIE est situé à Alma et offre aux artistes
l'accès à un imposant laboratoire informatique comprenant des imprimantes
de grand format à la fine pointe des technologies numériques d'impression.
Comme l'arrivée de la photographie a révolutionné le travail
du peintre, les outils numériques comme l'ordinateur, les logiciels de traitement
des images, les numériseurs et les imprimantes, lorsqu’ils sont mis au service
de la recherche en art contemporain, engendrent également une véritable
révolution pour l'artiste, l'amenant à considérer autrement
le travail de création.
Guy-Anne
Albert offre une perspective autre sur le corps humain par l'utilisation d'une micro-caméra
qui lui sert à en sonder les orifices. Dans une suite de prises de vue
nocturnes, Jocelyne Alloucherie arpente autrement l'espace urbain. Ses masses
sombres tablent sur l'ambiguïté des profils de lucarnes et de corniches
pour évoquer autant de parois rocheuses ou de plans rapprochés du corps
humain transcrivant ainsi une conscience et une présence intime des volumes
architecturaux. L'horizon numérique de Thomas Corriveau joue de la représentation
du paysage et du corps, de la tache et de la dégoulinure (langage du peintre),
de l'espace, de la lumière et de l'atmosphère (langage du photographe).
Ce maillage photographie-peinture-infographie, le changement d'échelle et
l'unification du collage par l'impression numérique ouvre sa recherche à
un nouveau champ pictural. Yan Giguère touche à ce qui nous échappe
dans le reconnaissable, un silence actif sans autre perspective que le donné
à voir sensoriel et immédiat, un point aveugle qui questionne la double
temporalité du travail photographique et numérique. Avec ses
prises de vue magistrales, Michelle Héon joue de réflexions, d'échos
et d'ombres fugitives qui renvoient à son œuvre sculpturale, vaisseaux de
bois et de papier-matière. Elle questionne la frange qui sépare
la figuration de l'abstraction, la documentation de la création, l'espace
photographique de l'espace onirique. Jocelyn Jean oblitère l'espace
photographique par une accumulation de particules, résidus de peinture et
de matières diverses. Le facteur d'agrandissement et l'impression numérique
grand format lui permettent de transcenderla matérialité première
de ses artefacts et de sonder la consistance du temps et de l'espace pictural.
Le questionnement digital de Hugo Lachance porte sur la relation art-science dans
une perspective où les progrès technologiques décuplent les
possibilités de représentation. Dans ses travaux récents,
il utilise le numériseur comme un outil de préhension du réel.
Il reconstruit des portraits et des objets usuels posant un regard différent
sur la réalité. Avec sa bonbonnière bavarde, Sylvie Laliberté
amadoue le spectateur puis le rattrape avec des strophes percutantes de vérité.
Avec sa voix douce de petite fille, elle avoue « aimEr uTiliseR La GrAnDE TEchnOLOGIE
D'Une FaçON ÉléMENtAire, Afin De DÉJOuER leS aTTEnTes,
ET SUrtOUT Afin DE JOuER SIMPlemeNT ». Les portraits numériques
de Jean-Pierre Séguin tablent sur la coexistance de la représentation
et de la matrice numérique, la déconstruction de la figuration par
le motif répété ramenant au pixel générateur d'images.
La perception du spectateur s'en trouve interpellée, qu'il apprécie
en plan éloigné ou rapproché, ces figures du domaine des arts
visuels au Québec. Les mousses synthétiques de Giorgia Volpe
évoquent autant de coquillages et de parties de corps recroquevillées.
Son travail sur cette matière souple est répertorié par le truchement
de la photographie et l'impression numérique en fixe les variantes, les fluctuations
et les altérations en un grand inventaire mnémonique. |