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« On dit
qu’il fait toujours beau dans ce pays, que les pâturages au bas des montagnes,
les jardins fleuris et les maisons de stuc à toits de tuiles rouges surgis
de quelque Moyen Âge ou de quelque Renaissance traversent tous les âges
sans s’altérer. »
La Provence plaît ces temps-ci. Il fait bon y vivre. C’est un antidote contre
le rythme étourdissant des grandes capitales. À quoi bon courir en
tous sens si c’est pour mourir d’épuisement ? Cette fin de siècle est
décidément inusupportable.
Danielle Dubé et Yvon Paré ont compris cela il y a longtemps. Ils ont
quitté la grande ville pour se réfugier à Jonquière.
Ils y sont heureux. Cela ne les empêche pas de voyager. Un jour, à l'invitation
de Pierre, un écrivain comme eux, et de Gina, sa compagne, ils ont accepté
de partager une maison pendant un été en Provence. Un été
en Provence raconte les mille et un plaisirs que les deux couples ont connus
dans ce merveilleux pays. Leurs tribulations aussi. On entre dans ces récits
comme dans une auberge familiale. Il y a plein d’odeurs. Celles des fleurs, des plantes
et de l’air. Et aussi les fumets qui chatouillent les narines (ah ! le romarin).
Il y a les chemins, les champs, les monuments. Il y a ces gens avec qui on échange
et qui nous étonnent à tout propos. Il y a surtout les pensées
qui bougent à l’intérieur : l’idée d’écrire et la nécessité
de lire, car Un été en Provence, c’est non seulement le récit
fait par les deux auteurs d’un voyage, mais aussi un superbe exercice d’écriture.
Lire Un été en Provence, c’est mieux que de passer une année
dans cette région ! On s’y sent bien, presque chez soi, avec, en prime, ce
sentiment qu’on touche souvent au fond des choses. C’est chaud, c’est bon, c’est
se faire plaisir que de le lire... |
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Récit de voyage - Publié chez XYZ Éditeur
Romanichels,
Montréal, 1999, 304 p.
ISBN : 2-89261-251-9
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« UN ÉTÉ EN PROVENCE »
Deux auteurs signent un récit de voyage |
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entrevue
avec Denise
Pelletier
journaliste au journal Progrès-Dimanche
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« C'est un ouvrage qui fleure
bon le soleil, les odeurs, la chaleur du Midi de la France, et pourtant il a été
écrit par des Québécois. Des Saguenéens venus du froid,
en fait, puisqu'il s'agit de Danielle Dubé
et Yvon
Paré, qui signent
ce récit de voyage à deux voix intitulé «Un été
en Provence», publié par les éditions XYZ et paru il y a trois
semaines environ.
Nous les avons rencontrés le jour même où ils quittaient
la région pour se rendre d'abord à Montréal, où ils doivent
enregistrer quelques émissions de radio et de télévision, puis
en France. Ils se sont envolés vendredi afin d'être présents
au Salon du Livre de Paris, qui rendra hommage à la littérature québécoise
: plus de 200 auteurs d'ici seront sur place.
Ensuite, ils se rendront au Centre régional des Lettres de Montpellier, pour
y donner des conférences et rencontrer des écrivains de cette région.
Puis ils iront en Provence, histoire de refaire en partie l'itinéraire évoqué
dans leur livre et aussi de prendre des contacts pour une éventuelle publication
par un éditeur français. Ils pensent être de retour pour le Salon
du Livre de Québec, du 10 au 12 avril, et un lancement régional de
leur livre est prévu pour le mois de mai.
Après diverses recherches et une série de hasards et de rencontres,
donc, Yvon Paré et Danielle Dubé ont séjourné deux mois,
à l'été 1994, dans un petit village appelé le Castellet
d'Oraison, dans les Alpes-de-Haute-Provence, en compagnie d'un couple d'amis, l'écrivain
Pierre Gobeil et sa femme Gina.
«J'écris un journal quotidien depuis des années, alors j'ai tout
simplement continué», dit Yvon Paré. «Moi je voulais seulement
prendre des vacances, me reposer, mais Pierre Gobeil a insisté, il m'a poussée
à écrire pendant mon séjour», raconte Danielle.
Sans projet précis, chacun a donc écrit, au jour le jour, évoquant
ce qu'il retenait, ce qu'il voyait, ce qu'il pensait.
Une fois le voyage terminé, chacun a fait lire à l'autre ce qu'il avait
écrit, et c'est là qu'est née l'idée du livre. Ils ont
déterminé ce qu'ils voulaient et ce qu'ils ne voulaient pas écrire
: un récit de voyage, pas un journal intime. Ils allaient le publier seulement
s'il avait, selon eux, des qualités littéraires, raconte Danielle.
C'est elle qui s'est chargée du travail de sélection et de montage
à partir des quelques 600 pages de leurs deux manuscrits.
Le journal ou récit de voyage n'est pas très répandu au Québec,
contrairement à ce qui se passe dans d'autres pays d'Europe, où le
genre a ses éditeurs spécialisés, ses collections et d'innombrables
lecteurs. Mais XYZ a une collection appelée Romanichels, qui convenait parfaitement
à ce qui, d'ébauche et de projet, est peu à peu devenu un livre.
Les deux auteurs ont donc travaillé avec André Vanasse, le responsable
de la collection chez XYZ : ils sont très contents de cette collaboration,
et aussi de la facture du livre. Sur la première page de couverture, une photo
prise par Danielle Dubé montre, au bout d'un champ cultivé, un clocher
entouré d'un amas de petites maisons blotties au pied d'une colline. L'une
d'elles, garnie de volets bleus, est celle où ils ont habité pendant
leur séjour.
Et le livre est fort bien accueilli au Québec depuis sa publication. Les auteurs
sont constamment sollicités par les médias pour des interviews et le
public se montre très réceptif.
Un livre bien agréable où les styles se complètent
Le montage du récit «Un été en Provence» a été
effectué avec un grand soin, c'est évident à la lecture du livre.
La typographie identifie les auteurs : italiques pour Yvon Paré, caractères
romains pour Danielle Dubé. Les textes alternent, traitant parfois le même
sujet, mais d'une manière différente. Danielle s'intéresse aux
faits, à l'histoire, aux détails précis, Yvon est plus impressionniste,
il aime développer un rêve à propos d'une personne, d'un animal,
d'un objet.
Les deux styles se complètent admirablement, ce qui donne un livre fort agréable,
bien écrit. Le texte nous fait partager la vision de deux voyageurs d'autant
plus attentifs aux choses et aux gens qu'ils avaient la disponibilité de ceux
qui sont en vacances et qui veulent tout découvrir.
Ils racontent les menus événements, décrivent les repas entre
amis ou au restaurant, les escapades dans la campagne, dans les villes des environs.
Ils évoquent aussi quelques prises de bec, inévitables peut-être
quand on voyage à quatre. Comme dans un album de photos, se succèdent,
en instantanés écrits, les paysages, les rues, les maisons, les gens,
les animaux. Le texte, plein de tendresse, mais sans flatterie, évoque les
problèmes et les laideurs tout comme les beautés et les merveilles
de ce coin de pays.
On pense inévitablement au livre «Une année en Provence»,
publié il y a quelques années par le Britannique Peter Mayle, à
cause de la similitude des deux titres et même des photos de la page couverture.
Les deux auteurs font eux mêmes référence à Peter Mayle,
puisqu'ils ont lu son livre pendant leur propre séjour. Mais les approches
sont très différentes : alors que Mayle forçait sur l'ironie
grinçante et affichait un certain mépris pour les travers des Provençaux,
Yvon Paré et Danielle Dubé sont au contraire très ouverts, plus
observateurs que critiques, plus rêveurs que moqueurs. Leur attitude est celle
de gens qui ont tout à apprendre de leur nouveau milieu, auquel ils ne cherchent
surtout pas à imposer leur manière de voir et de faire.
S'ils avaient collaboré pour l'écriture du spectacle «le Rêve
de Marguerite», Yvon Paré et Danielle Dubé n'avaient jamais écrit
de livre ensemble. Chacun avait son oeuvre : pour Danielle Dubé, tout a commencé
avec «Les olives noires», roman qui en 1984 lui valut le prix Robert-Cliche.
Il y eut ensuite un autre roman, «Le dernier homme», puis des nouvelles,
publiées dans la série «Un lac, un fjord» des éditions
JCL. Pour Yvon, ce fut d'abord un recueil de poésie, «L'Octobre des
Indiens», en 1971, puis les romans «Anna-Belle», «Le violoneux»,
«La mort d'Alexandre», «Les oiseaux de glace», plusieurs
nouvelles également.
Écrire un livre ensemble, ils n'y avaient pas vraiment songé «nous
pensions que ce n'était pas possible, et pourtant, c'est arrivé: on
se dit que ça dépasse tous nos rêves», dit Danielle Dubé. |
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Publié
le dimanche le 21 mars 1999 -
page B6
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