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L’écrivain
dans la cité ?
essais
sous la direction
de Jean Royer
Tryptique
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Le contenu de cette plaquette ne correspond pas
à sa minceur. En effet, le 17e colloque annuel de l’Académie des lettres
du Québec, en 1999, a posé des problèmes de poids, qu’on n’a
évidemment pas résolus mais qu’on a placés dans des perspectives
fort intéressantes. La personnalité des invités y était
évidemment pour quelque chose : écrivains, poètes, journalistes
et critiques culturels, gens de théâtre... Il s’agissait pour les divers
ateliers de réfléchir à une série de questions toutes
plus graves les unes que les autres : le statut social de l’écrivain, son
engagement dans la société, le rôle de la critique, ses rapports
avec les institutions culturelles, les médias et la société
de spectacle... Pour Émile Ollivier, l’art et la littérature seraient
des “dispositifs” chargés de consigner le discours de la contemporanéité,
et l’écrivain ne peut se dissocier de sa “cité”, de sa société
; le travail de l’écrivain consistant à prendre des risques, il lui
est aujourd’hui difficile d’“accumuler” – richesse, prestige oeuvre même –
dans un monde “désenchanté” où les anciens récits ont
fait la preuve de leur inadéquation et où tout est constamment à
réinventer. Marie-Claire Blais produit un texte poignant où elle fait
état de commentaires atterrants d’étudiants universitaires sur une
de ses œuvres, Une saison dans la vie d’Emmanuel (trop noire, longue et ennuyeuse,
sujet “disgracieux” de l’inceste, etc.) en s’interrogeant sur le silence auquel se
sent presque contraint tout écrivain porteur d’un projet artistique sérieux,
et en craignant pour la littérature décrétée “difficile”
le retour de la même lourde noirceur que dans les années 60. Jacques
Allard met en question le rétrécissement de la place de la culture
littéraire dans les médias québécois, écrits ou
audio-visuels. Serge Turgeon défend l’individualité et le droit à
l’originalité des dramaturges trop souvent oubliés entre “les grands
classiques” remis à la sauce moderne et “le théâtre-miroir”,
juste une coche au-dessus du roman-savon télévisé. André
Ricard défend aussi les dramaturges, qu’il s’agirait de délivrer des
metteurs en scène (le texte et non la mise en scène constituant le
fondement du théâtre). Bruno Roy chante les louanges de l’engagement
associatif en évoquant son passage à la présidence de l’Uneq,
et l’importance de la défense des besoins et droits sociaux des écrivains.
Robert Chartrand) décrit le dilemme des critiques modernes, pris entre ce
qu’il appelle “l’hypocritique”, mimétisme, paraphra-se, compte-rendu ou recension,
et le refus des divers médias, ou leur tiédeur, quand il s’agit de
dépasser l’anecdotal pour accéder à la substance profonde d’une
œuvre ou d’un projet littéraire. Même son de cloche chez Danielle Laurin
(de l’émission Cent titres), qui s’inquiète plus particulièrement
de la contamination de la littérature par le spectacle à la télévision
et ailleurs. Un roboratif texte de Monique Proulx, “En avoir”, situe très
lucidement l’écrivain par rapport justement au désir, au fantasme frustré,
au malentendu du succès médiatique. Bernard Pozier jette sur la question
un regard de poète et d’éditeur, en concluant lui aussi qu’il ne peut
s’agir que d’un engagement, d’un investissement à très long terme.
Notre collègue Stanley Péan réclame un art de la lecture chez
le critique qu’il invite à “cerner le projet esthétique et social au
cœur de l’œuvre (...) et d’évaluer si (...) selon sa grille d’analyse personnelle,
l’auteur lui semble être parvenu à remplir les promesses faites au lecteur”
; lui aussi regrette la démagogie et le mépris du lecteur sous-jacents
au “trop difficile” qui salue trop souvent les œuvres ambitieuses, alors qu’il faudrait
“communiquer le plaisir du texte”. Enfin, Gilles Archambault, toujours discret, invite
l’écrivain à être ce “murmure qu’entendront les consciences (...)
une certaine tonalité, une musique (...)”, et enfin à écrire
dans “sa cité”, autrement dit, son propre univers, qui recoupe le nôtre
sans s’y fondre.
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