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Cette énumération commence à
donner une idée de l'ambiance générale. Mais il faut lire l'ouvrage
pour jouir pleinement du ton, de son allégresse sarcastique : imaginez le
narrateur de Jacques le Fataliste aujourd'hui, et drogué aux amphétamines
: jeux de mots funambules (il flotte parfois du Sol), impertinences tous azimuts,
raccourcis burlesques et, rythmant la narration de façon bouffonne et sérieuse
à la fois, des interludes musicaux, comme si on était à la télé
(Jobin, réalisateur, se défoule ; le rythme syncopé, les ruptures
et le montage nerveux de ce récit-monologue doivent d'ailleurs certainement
beaucoup au medium cinématographique.)
Ce qui m'a beaucoup plu dans le roman, c'est qu'en relevant cette gageure d'écrire
une histoire ostensiblement inventée/fantaisiste, dont on met sans cesse en
évidence les coutures, souvent pour les défaire et les recoudre autrement,
on a réussi malgré tout à écrire un roman dont les personnages,
pour "impossibles" qu'ils soient, ne nous en émeuvent pas moins
lorsqu'ils souffrent et meurent. C'est dire ou bien la force du genre romanesque
capable de résister à cette bourrasque narrative ou, peut-être,
l'excellent entraînement du lecteur contemporain, capable d'entrer dans des
histoires même abracadabrantes au premier coup de manivelle (comme on disait
sur les anciens plateaux de cinéma...) Mais c'est aussi que l'élan
de la narration ici ouvertement prestidigitatrice fait tout passer, jusqu'aux vacillements
somme toute bien ordinaires du narrateur d'âge mûr entre sa maîtresse
Lucille, sa "fille" Ficelle qu'il adore un peu trop et sa compagne Nadia
qu'il finit par quitter pour aller en Afrique avec Ficelle, premier geste d'une vie
enfin condensée : "Je m'arrête parce que grâce à toi,
lecteur de mon cœur, j'existe. Tu m'as permis de me doter d'un passé, ce qui
me donne un avenir."
Ah, tiens, on pourrait aussi voir dans ce personnage et dans son histoire une métaphore
du Québec, qui... dont... Mais non. Malgré ses frères siamois,
Jobin n'est pas Godbout, ni dans l'époque, ni dans les intentions ni dans
l'écriture. Et peut-être tant mieux pour le plaisir de la lecture.
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| © «Des
airs de famille», Paul-Chanel Malenfant, L’Hexagone, Montréal 2000 |
| © «Le
roman policier en Amérique française», Norbert Spehner, Alire,
Beauport, 2000 |
| © «Bleu
sur blanc», Marguerite Andersen, Prise de parole, Sudbury, 2000 |
| © «Une
vie de toutes pièces», François Jobin, VLB, Montréal 2000 |
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