« Il y a une énigme
Lionel Groulx. Voici un intellectuel que l’on dit dépassé mais qui
n’a jamais vraiment quitté l’actualité. En plus, chaque fois
qu’il est revenu dans les médias au cours des dernières années,
c’était comme objet d’une controverse où les deux parties semblaient
avoir raison. C’est cela surtout qui a attiré mon attention : qu’il s’agisse
de racisme, d’antisémitisme, de démocratie, de fascisme… les protagonistes
montraient une égale aisance à produire des extraits de texte aussi
convaincants les uns que les autres, mais parfaitement contradictoires ! Comment
cela est-il possible ?
J’ai donc eu l’idée de reprendre l’ensemble du dossier, en lisant d’abord
toutes les publications de Groulx puis ce qui a été publié à
son sujet. Je me trouvais ainsi lancé sur la piste d’une véritable
découverte qui allait m’amener à présenter cette pensée
sous un jour neuf — en plus de me procurer la joie d’une aventure intellectuelle
des plus étonnantes. Un phénomène qui s’est imposé à
mon attention dès le début de ma recherche, c’est le caractère
foncièrement contradictoire de cet intellectuel qui, sur la plupart des sujets,
affirma à la fois le blanc et le noir. C’est cette étrange structure
de pensée que j’ai voulu mettre au jour, en examinant chacun des thèmes
et sous-thèmes que Groulx a abordés dans sa vie. Pourquoi cette difficulté,
cette impuissance à penser la société canadienne-française
?
Et, dans cette œuvre, que peut-on apprendre à la fois sur notre capacité
et sur la façon de re-penser le Québec actuel ? Ou, plus généralement
encore, sur le problème des intellectuels qui, s’attaquant à l’ensemble
des problèmes de leur temps, voudraient concevoir de larges horizons, promouvoir
des directions nouvelles, provoquer des changements en profondeur ? » |